C’était en décembre 2010. Souvenez-vous de cette conférence de presse de José Mourinho, qui, après la grave blessure de Gonzalo Higuain, avait déclaré : « Si tu vas chasser et que tu n’as qu’un chat, tu devras sortir avec le chat puisque tu ne peux pas chasser seul. Si tu y vas avec un bon chien, tu chasses plus. Si tu y vas avec un chat, tu chasses moins mais tu chasses quand même. » A l’époque, Karim Benzema, encore en manque de repères au sein du Real Madrid, n’était pas assez « tueur » devant le but. Depuis, bien des choses ont changé…
Aujourd’hui, qui est le chien ? Qui est le chat ?
Je n’ai pas envie – et surtout je n’oserais pas – contredire le meilleur entraineur du monde. Et, comme il le dit lui-même, « c’est facile de dire ce qui se serait passé si Benzema était titulaire », mercredi, au Camp Nou. Car tout semblait parfait, ou presque. Pepe, repositionné en défense centrale, a fait son – vrai – boulot. Arbeloa a été beaucoup plus juste qu’Altintop (titulaire au match aller), sur son couloir droit. Kaká n’a pas déçu. Özil a été magistral, et aurait pu être le héros de ce match. Et Higuaín… Higuaín ? Si, vous savez ! Le petit chat qui a joué a la pelote 15 secondes après le coup d’envoi de ce match. Ce gentil minou, qui, d’un petit coup de patte gauche, a une nouvelle fois manqué l’occasion d’offrir l’avantage à son équipe (27ème minute). « Pipita », qui, comme tout animal domestique trop gâté par son maitre, semble en faire de moins en moins. Je vous l’accorde, dans la surface, il peut être un félin redoutable. Mais dans le jeu, il parait aussi invisible qu’un chat noir dans la nuit. Sa nonchalance a facilité le travail défensif du Barça, et il a éprouvé un mal de chien à suivre les contres de son équipe. Auparavant, son tableau de chasse (66 buts lors de ses trois dernières saisons avec le Real) lui permettait d’être l’attaquant numéro 1.
Mais aujourd’hui, la donne a changé. Et lors de ce match retour de Coupe du Roi, le Special One était loin de jeter le chat aux jambes des barcelonais en titularisant l’argentin. Le véritable chien a débuté la rencontre sur le banc. Karim Benzema, qui n’a plus rien à envier à son meilleur ennemi (18 buts et 8 passes décisives cette saison contre 17 réalisations et 3 offrandes pour l’ancien joueur de River Plate), lui, qui a surtout eu du chien dans le corps pour inscrire le but égalisateur il y a deux jours. L’ancien lyonnais, ce bouledogue qui s’entend magnifiquement bien avec Ronaldo, eux qui ont fait chavirer Barcelone en cinq minutes, alors que CR7 et Higuaín s’entendent comme chien et chat. Mais une fois de plus, personne ne sait si une titularisation de l’attaquant français aurait été synonyme de qualification pour le club de la capitale espagnole.
Et puis, Mourinho fonctionne de cette façon. Ses choix ne sont jamais remis en question, en tout cas, jamais devant la presse. Mais je reste persuadé que dans un coin de sa tête, la hiérarchie est claire, Higuaín ne doit plus être qu’un joker de luxe. Qui va à la chasse, perd sa place…