décembre 5, 2020

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Confinement et culture: dans la tourmente, Roselyne Bachelot se bat

Visiblement, elle imaginait un retour à la politique beaucoup plus gai. Lorsque Roselyne Bachelot a accepté la proposition d’Emmanuel Macron en juillet dernier, elle ne s’attendait pas à se retrouver après quelques mois à gérer des concerts annulés, des festivals qui s’effondrent, des cinémas fermés. Avec l’épidémie, il est propulsé dans la gestion de crise permanente. Ainsi, l’ancien ministre de Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy enchaîne les visioconférences depuis son domicile parisien. Et va sur le terrain pour remonter le moral des troupes.

Jeudi dernier, elle a fait une halte sans caméras au Théâtre du Châtelet, à Paris. Le ministre de la Culture assiste à l’enregistrement de “Symphonissime”, une émission de télévisions françaises où un orchestre de musique classique réinterprète des hits. Si les spectacles sont interdits, les enregistrements et les répétitions restent autorisés. La salle est donc vide. Mais il y a des gens dans les coulisses. Masque sombre sur le visage, elle salue la chanteuse Jane Birkin qui quitte la scène. Ensuite, Patrick Fiori. Elle parle à Carla Bruni. Dans les loges, elle laisse des mots manuscrits pour certains artistes. L’art des petites attentions …

2 milliards d’euros pour la culture dans le plan de relance

«Roselyne Bachelot sait très bien parler aux artistes et comment les traiter», commente un conseiller ministériel. Elle ne les cajole pas seulement avec des mots. Il a obtenu un budget qui a augmenté de 5%. «Nous estimons que sa solide expérience lui permet de savoir où et comment obtenir les moyens pour son secteur», note le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal. Elle a également remporté une enveloppe considérable de deux milliards d’euros pour la culture dans le cadre du plan de relance. A titre de comparaison, le secteur du sport n’a reçu que 120 millions d’euros sur deux ans.

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Face à la gravité de la situation, l’ancien chroniqueur de télévision grince parfois le noir. Dans la nuit du 14 octobre, elle ne pouvait pas dormir. La décision du chef de l’Etat d’instituer un couvre-feu est si lourde de conséquences. Comment atténuer l’impact? Le lendemain, elle essaie d’assouplir les règles. Elle fait campagne dans nos colonnes pour que les billets de cinéma ou de théâtre servent de certificat pour revenir après 21 heures. Elle se présente comme un “médiateur entre le monde de la culture et le gouvernement”. Jean Castex ne veut rien savoir. «Les règles doivent être les mêmes pour tout le monde», affirme-t-il.

Ça ne fait rien. Lors du prochain Conseil des ministres, Roselyne Bachelot lève le ton. Ses collègues assistent, stupéfaits, à la diatribe. «Les conséquences seront calamiteuses pour les professions culturelles», déplore-t-elle, au moyen d’une visioconférence. Ce n’est pas possible, ce n’est pas juste ». Furieuse, elle demande plus d’aide. Bruno le Maire intervient: “Ne vous inquiétez pas, je vais le reprendre à mon niveau”, lance le ministre de l’Économie, qui exerce la tutelle sur le ministère du Budget. Les deux transfuges de droite se connaissent bien. Chaque été, ils dînent ensemble dans le sud-ouest. Quelques heures plus tard, elle a remporté 115 millions d’euros supplémentaires. «Nous avons besoin de culture, peut-être encore plus pendant cette crise», explique-t-elle.

“Il y a enfin quelqu’un à la barre”

Puis vient le confinement. Un test encore plus difficile pour le ministre. Les entreprises jugées non essentielles baissent le rideau. «A sa place, j’aurais exigé que les librairies restent ouvertes, j’aurais mis ma démission dans la balance, j’en aurais fait un symbole, grince un ancien ministre de la Culture. Ajoutez à cela l’image des étagères à livres fermées dans les supermarchés. Catastrophique! Étonnamment, Roselyne Bachelot n’en fait pas un casus belli. “Elle était ministre de la Santé, elle ne balaie pas les restrictions sanitaires du revers de la main”, se souvient l’un de ses collègues du gouvernement. Dans les coulisses, en revanche, elle se bat pour que l’État couvre les frais d’expédition des livres commandés dans des librairies indépendantes. Après plusieurs jours de négociations avec Bercy, elle gagne.

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Cette fanatique d’art lyrique sait jouer avec son poids politique. Bien que son espace médiatique se soit rétréci avec la crise sanitaire, Roselyne Bachelot reste la ministre la plus populaire du gouvernement. Elle arrive même en troisième position parmi les personnalités préférées des Français après Edouard Philippe et Nicolas Hulot, dans le dernier baromètre de l’Institut Elabe. Quel contraste! Rue de Valois, elle succède à Françoise Nyssen, puis à Franck Riester, qui n’avaient pas réussi à faire leur marque. «On ressent une différence de style importante», s’exclame le patron d’une grande institution culturelle. Enfin, il y a quelqu’un à la barre, avec le répondant et qui connaît les dossiers. Quelle malchance si l’épidémie réduisait sa capacité d’action! “

Vendredi, Roselyne Bachelot a annoncé à l’Assemblée nationale qu’elle allait relancer le «Pass Culture», en le généralisant à l’ensemble des 18 ans. Ce «Pass» de 500 euros était une promesse électorale du chef de l’Etat. Il était censé offrir aux jeunes la possibilité d’acheter des livres ou des billets de concert pour leur inoculer le virus de la culture. Depuis 2017, il n’a fait l’objet que d’une timide expérimentation dans quelques départements. Prête à participer à la campagne d’Emmanuel Macron en 2022, Roselyne Bachelot reprend le flambeau. Comme un bon soldat. Pas de ressentiment envers celui qui l’a fait replonger dans la vie publique.