Covid-19: la méthode suédoise a du plomb dans l’aile

Dans les rues, Didrik 27, marche sans masque ni certificat dans sa poche. Il peut dîner dans les restaurants, danser dans les bars, aller au cinéma, passer la porte d’une salle de sport. En France, c’était notre vie avant, en Suède, leur vie aujourd’hui. Un quotidien qui fait rêver au moment où l’épidémie enflamme le monde, nous pousse à nous barricader. À l’opposé de notre stratégie, ce pays est le seul en Europe à ne pas s’être cantonné, ni au printemps ni maintenant, à privilégier la discipline sociale plutôt que l’interdiction. D’ailleurs, depuis combien de temps Didrik, consultant et assistant de recherche en économie à l’université, ne va-t-il pas au restaurant? «C’était avant l’été… Ah et une fois en septembre avec ma copine», se souvient-il, jouant également au télétravail pendant des mois. “Je vis comme si j’étais confiné”.

L’exemplarité des habitants s’impose comme leur modèle. Mais aurait-il atteint sa limite, obligeant les autorités à revoir leur copie alors même que la Cour de Suède vient d’annoncer que la princesse Sofia et le prince Carl Philip étaient positifs pour Covid-19? Le ministre de la Santé, Olivier Véran, l’a rappelé lors de son discours de jeudi: “Aucun pays n’est épargné, tous ont pris des mesures pour enrayer l’épidémie, même la Suède, qui a renoncé à sa stratégie. D’immunité collective et fait face à une mortalité importante”. Une allusion aux dernières décisions annoncées par Stockholm. Désormais, les rassemblements de plus de 8 personnes sont interdits. Du jamais vu dans ce royaume scandinave, peuplé comme l’Ile-de-France et aussi grand que l’Allemagne. La vente d’alcool a également été interdit après 22 heures, depuis la mi-novembre, obligeant les bars à tirer le rideau le soir.

READ  Wirtualna Polska - Tout ce qui est important
Covid-19: la méthode suédoise a de l'avance dans l'aile

La contamination continue d’augmenter

Il faut dire qu’il y a une urgence. Alors que le nombre de morts était déjà élevé lors de la première vague, malgré une discipline de fer, cette fois-ci, le bilan pourrait être bien pire. Il y a déjà une centaine de morts par jour, presque autant que le pic du printemps où celui de la deuxième vague est loin d’être atteint. Les contaminations, elles continuent de grimper, 20 000 de plus par jour alors que le pays compte 700 lits de réanimation. «Compte tenu des courbes d’évolution des cas, il y a fort à craindre que les prochaines semaines soient très sombres, prévient l’épidémiologiste Pascal Crépey. Tout laisse à penser qu’ils dépasseront le nombre de décès au printemps».

Pour le spécialiste, les Suédois ont voulu appliquer la même stratégie qu’en mars, pariant sur la prudence des citoyens. “Mais ce qui les avait sauvés au printemps, c’était l’arrivée des beaux jours, nous voilà en hiver, une période plus propice à la circulation des virus respiratoires”. Au total, le Covid a déjà tué 6 600 personnes en Suède, contre 388 en Finlande et 316 en Norvège, qui ont pris des mesures d’endiguement.

«N’allez pas au gymnase, n’allez pas à la bibliothèque, ne faites pas de dîners ou de fêtes. Annulez tout! Le Premier ministre Stefan Löfven a exhorté cette semaine. Le pays devra-t-il se résoudre à confiner? “Ce n’est pas possible, rétorque Didrik, c’est contre notre Constitution, on peut isoler les personnes infectées mais pas l’ensemble de la société au cas par cas.” Thomas Gauchet, chercheur en histoire à Sciences-po, en convient. «Peut-être prendront-ils des mesures plus strictes, répond ce spécialiste suédois. Mais ils ne remettent pas en question leur stratégie, ils l’adaptent ».

READ  Allemagne, Corée du Sud, Suède: les pays modèles de la 1ère vague subissent tout le poids de la 2ème

Le cours est fixé par un épidémiologiste indépendant

Il faut dire qu’à la différence du Royaume-Uni, qui a d’abord misé sur l’immunité collective avant de reculer, la Suède se veut à contre-courant, une exception qui s’explique par sa culture. Alors qu’en France, le gouvernement définit la feuille de route contre le virus, à Stockholm, le cap est fixé par un épidémiologiste indépendant, le renommé Anders Tegnell.

«Dès le départ, il a jugé inutile de mettre un masque, expliquant qu’il serait mal porté, que son efficacité n’était pas prouvée et que de toute façon, les gens étaient beaucoup plus contaminés au sein de la sphère familiale, explique Thomas Gauchet. Ce médecin, ancien consultant de l’OMS, a également déclaré que si on met le doigt dans l’engrenage de confinement, il va falloir s’isoler à nouveau lors d’une 2ème, 3ème vague. Cette situation n’était pas durable ».

Alors l’expert s’appuie sur l’immunité collective, 40% des habitants de Stockholm seraient protégés du virus avant la deuxième vague qu’il a prédit, avant de reconnaître aujourd’hui que ce n’est pas le cas. Ses préjugés sont débattus, d’autres épidémiologistes l’accusent de s’être trompé de chemin. Malgré tout, Anders Tegnell conserve le soutien du gouvernement. À la télévision, il parle beaucoup plus que le premier ministre. Et la confiance entre les autorités et les citoyens est réciproque.

“Profondément choqué par l’utilisation de l’attestation dans d’autres pays”

Isolement au moindre symptôme, distance physique, télétravail, ils appliquent les règles. “Pour eux, l’Etat est une représentation du peuple, pour nous, il exerce son pouvoir sur le peuple, c’est différent”, précise le chercheur. Preuve de ce respect mutuel, les contrôles d’identité n’existent pas. Et les Suédois sont “profondément choqués par l’utilisation du certificat dans d’autres pays, cela va à l’encontre de leurs libertés”, avance Thomas Gauchet.

READ  EN DIRECT - Attentats de janvier 2015: audience suspendue, reprise prévue jeudi à 9h30

La population est également connue pour son pragmatisme. Les plus touchés par le virus sont les personnes fragiles et âgées. «Leur stratégie découle de ce constat», explique le spécialiste. Pour eux, l’essentiel est de se concentrer sur la société active et donc sur l’économie ».

Nous serions ravis de connaître votre avis

Laisser un commentaire

Mercatoshow.com