janvier 19, 2021

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“Je coule. Ce n’est pas une blague. MAYDAY” … Escoffier, sauvé par Le Cam, raconte son sauvetage

Le bateau de Kévin Escoffier s’est cassé en deux au milieu du 40e Roaring. – JEAN-FRANÇOIS MONIER / AFP

«Votre vie vaut plus que notre Vendée Globe». C’est sur ces quelques mots lâchés avec un grand sourire que les trois skippers du Vendée Globe (Sébastien Simon, Yannick Bestaven et Boris Herrmann) qui s’étaient détournés dans la soirée de lundi, pour aller
sauver Kévin Escoffier, a appris que leur collègue était enfin en sécurité. Ils n’ont finalement pas eu à s’y rendre, puisque c’est Jean Le Cam qui a retrouvé et embarqué le marin de Saint-Malo à bord de son bateau, près de dix heures après le déclenchement de la balise de détresse.

Après une première tentative infructueuse pour le récupérer de son canot de sauvetage balayé par le vent pris dans de violents creux de plusieurs mètres, Jean Le Cam a finalement réussi à retrouver Kévin Escoffier en pleine mer, au milieu du 40e Roaring, cette région réputée pour ses vagues déferlantes et conditions météorologiques terribles et si dangereuses. Le tableau est froid dans le dos.

Escoffier s’excuse auprès du Cam

«C’est à 2h18 heure française (1h18 GMT) que l’équipe PRB a été informée du sauvetage. Le skipper du PRB est apparu souriant, emmitouflé dans sa combinaison de survie aux côtés de Jean Le Cam », a tweeté l’organisateur, qui a été le premier à annoncer le sauvetage. En effet, dans une vidéo publiée mardi matin par les organisateurs du Vendée Globe, on voit Kévin Escoffier raconter depuis le bateau de Le Cam la nuit qu’il vient de passer. S’il paraît souriant au début, on sent toute la tension qui descend dans la voix du marin.

Le plus fou, c’est que ses premiers mots ont été de s’excuser auprès de son sauveur, qui menait une bonne bataille pour la troisième place. «Nous avons bien travaillé avec Jean. Comme je lui ai dit à son arrivée “Je suis désolé Jean, tu fais une course à la blague et je suis désolé de te baiser ton truc”. Il m’a dit “la dernière fois que c’était l’inverse, c’est le PRB qui m’a récupéré”. “

“Le bateau a été plié en deux”

“Et puis, Jean-Jacques [Laurent, le président de PRB], Je suis désolé pour le bateau! Je l’ai renforcé du mieux que j’ai pu, le marin continue immédiatement avant de verser quelques larmes de décompression. Mais franchement, je n’ai aucun regret, j’ai mis 200 kg de carbone dans le bateau, j’ai tout renforcé partout. Oh non, mais tu vois les films sur les naufrages, c’était pareil et pire! En quatre secondes, le bateau planté, la proue pliée à 90 °, je mets ma tête dans le cockpit, j’ai juste eu le temps d’envoyer un texto, la vague a tout fait “schinter” [bugger] électronique. C’était fou de plier un bateau en deux. “

Dans la foulée, Jean Le Cam a à son tour pris la parole pour revenir, avec un peu de recul, sur cette nuit de peur et d’adrénaline.

À un moment donné, j’étais debout sur le pont, je vois un flash. En fait c’était la lumière [du canot de sauvetage] cela se reflétait sur les vagues. Une apparition! Je me dis “ce n’est pas vrai quoi …”. Et plus je continuais, plus il y avait d’apparitions. Et là tu vois de plus en plus de lumière, et tu te dis “putain, c’est bon”. Vous passez du désespoir à la folie. Je lui lance la bouée rouge et il parvient à l’attraper. À la fin, nous avons réussi, il a branché la barre de transmission et là, il a été gagné. “

Escoffier revoit l’opération de sauvetage en détail

Mardi, l’équipe du PRB a publié en détail sur son site Internet l’histoire du marin de Saint-Malo, qui nous en dit plus sur l’ampleur de la catastrophe. «C’est surréaliste ce qui s’est passé», dit Kévin Escoffier. Le bateau s’est replié sur lui-même dans une vague à 27 nœuds. J’ai entendu un craquement mais honnêtement, il n’avait pas besoin de bruit pour comprendre. En quelques secondes, il y avait de l’eau partout. La poupe du bateau était sous l’eau et la proue pointait vers le ciel. Le bateau s’est cassé en deux devant la cloison du mât. Il s’est retiré. Je vous assure, je n’exagère rien … il y avait un angle de 90 ° entre l’arrière et l’avant du bateau. Je n’ai pas eu le temps de faire quoi que ce soit. J’ai juste pu envoyer un message à mon équipe “Je coule. Ce n’est pas une blague. MAYDAY” “.

«J’ai pris le dossard (radeau de sauvetage) à l’arrière. Le dossard avant n’était pas accessible, il était déjà à trois mètres sous l’eau. L’eau était dans le cockpit jusqu’à la porte. J’aurais aimé rester un peu plus longtemps à bord mais j’ai pu voir que tout allait très vite et puis j’ai fait une pause et suis allé à l’eau avec le radeau, poursuit le Malouin. A ce moment-là, je n’étais pas du tout rassuré… Vous êtes dans un radeau avec 35 nœuds de vent. Non, ce n’est pas rassurant. Je n’ai été rassuré que lorsque j’ai vu Jean. Mais le problème était de savoir comment monter à bord avec lui. Nous nous sommes dit deux ou trois mots. C’était Verdun sur l’eau. Il a été contraint de s’éloigner un peu puis après, j’ai vu qu’il restait dans la zone. Je suis resté dans le radeau jusqu’au petit matin (…) Quand je me suis retrouvé à bord avec Jean, nous sommes tombés dans les bras l’un de l’autre. Il a dit “Merde, vous êtes à bord! Il faisait chaud!” “.



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