L’algorithme de Facebook épinglé pour le sexisme

Une étude menée dans plusieurs pays européens, dont la France, montre que le ciblage publicitaire opéré par Facebook repose sur des stéréotypes sexistes

Une étude menée dans plusieurs pays européens montre comment l’algorithme de Facebook choisit de diffuser des offres d’emploi à ses utilisateurs. Ciblage basé sur des stéréotypes sexistes. Selon cette étude réalisée en France, en Espagne, en Suisse, en Pologne et en Allemagne, Facebook cible ses utilisateurs sur la base de critères sexistes qui pourraient être considérés comme discriminatoires.

Chauffeur de camion est un métier d’homme et d’éducateur de jeunes enfants un métier de femme: c’est sur cette base que l’algorithme de Facebook cible les internautes pour afficher des annonces d’offres d’emploi à ses utilisateurs dans plusieurs pays européens.

Les plateformes en ligne offrent aux annonceurs un ciblage très fin des internautes afin que les publicités affichées sur leurs écrans correspondent au plus près à leur profil. Les géants du numérique utilisent pour cela des algorithmes très puissants, mais totalement opaques.

Merci aux fonds recueillis auprès de Journalismfund.eu, l’association à but non lucratif AlgorithmeWatch a lancé une étude, en partenariat avec plusieurs médias européens dont la cellule d’investigation de Radio France, et la Radio Télévision Suisse (RTS), afin d’observer le fonctionnement des algorithmes de Facebook et Google.

L’expérimentation a consisté à payer ces deux plateformes pour qu’elles proposent des offres d’emploi. Les journalistes ont ensuite observé à quels profils d’internautes ces publicités sponsorisées étaient diffusées. Les métiers concernés sont notamment: conducteur·riz lourd, infirmière, avocat· Eéducateur·riz petite enfance. AlgorithmWatch n’a donné à Facebook et à Google aucune préférence pour la diffusion des publicités en dehors du pays dans lequel les publicités doivent être vues.

READ  16 pour cent de toutes les infections dues à la variante britannique

Exemple de publicité diffusée par AlgorithmWatch sur Facebook.  & Nbsp;
Exemple de publicité diffusée par AlgorithmWatch sur Facebook. (MONTRE ALGORITHME)

Les résultats obtenus montrent que les algorithmes, en particulier celui de Facebook, fonctionnent sur la base de stéréotypes sexistes. En France, la publicité pour le poste de chauffeur de camion·Il a été distribué à 2 427 hommes et à 327 femmes seulement. L’annonce du poste de garde d’enfants, lancée exactement au même moment, a été diffusée à 1 787 femmes et près de 10 fois moins d’hommes (186).

Pour comprendre pourquoi l’algorithme de Facebook a un tel biais, AlgorithmWatch a lancé une deuxième campagne publicitaire en France. Cette fois, les offres concernaient exclusivement des postes de chauffeurs routiers·ous, mais il y avait des variantes dans la photo accompagnant la publicité: un camion, une route, des cosmétiques. Il est ensuite apparu que Facebook s’appuyait principalement sur les images pour décider à qui diffuser de la publicité. Ainsi, l’annonce accompagnée d’une photo de cosmétiques féminins a été montrée aux femmes dans 88% des cas. Alors que la publicité illustrée par une route s’adressait aux hommes dans plus de la moitié des cas (53%).

Les résultats de cette étude confirment ceux d’une équipe de chercheurs (lien vers un document PDF) de Northeastern University publié en 2019 aux États-Unis. Ils ont montré que l’optimisation des publicités de Facebook était discriminatoire, voire illégale. Piotr Sapiezynski, l’un des co-auteurs, explique que Facebook apprenait certainement des données du passé: “Il prédit que le passé se répétera.” Mais en se comportant comme ça, “il crée aussi le futur”, ajoute le chercheur. Un avenir dont de nombreux candidats potentiels sont exclus, sans le savoir.

READ  Médias: Trump veut attendre l'assermentation de Biden en Écosse. Le Premier ministre a annoncé qu'il ne le permettrait pas | Nouvelles du monde

Le ciblage effectué par Facebook répond à une logique d’efficacité. Par exemple, un annonceur peut légitimement réserver une offre d’emploi à des personnes ayant un niveau de qualification requis. Mais cette efficacité peut aussi provoquer des inégalités entre les candidats, surtout si la discrimination est basée sur le sexe du candidat. Ce qui est interdit par la loi française et par les textes européens.

La CNIL et le Défenseur des droits se sont également penchés sur les risques de discrimination à l’embauche provoqués par les algorithmes depuis 2015, rappelant que “seuls trois métiers peuvent être expressément réservés aux femmes ou aux hommes: mannequin, mannequin, acteur” (lien vers un document PDF). Les deux autorités ont rappelé que les risques de discrimination sont apparus dès la conception des algorithmes, qui reflètent in fine l’image de leurs créateurs, ce qui constitue une menace au respect des droits fondamentaux.

En mai 2020, le Défenseur des droits et la Cnil ont appelé à sensibilisation de toutes les parties prenantes autour de ces questions. Ils ont notamment proposé de former et de sensibiliser les professionnels de l’informatique et de renforcer les obligations légales en matière de transparence de l’information. Parce qu’il est difficile pour un internaute de savoir qu’il a été victime de discrimination parce qu’on ne lui a pas proposé d’offre d’emploi. Cela rend d’autant plus difficile la preuve de la discrimination.

Interrogé, Facebook n’a pas pu répondre à nos questions. En mai 2019, le directeur de l’exploitation de Facebook a écrit dans un article de blog que le réseau social avait “protéger les gens de la discrimination sur Facebook” comme priorité absolue et a annoncé des changements “dans la manière dont [Facebook gère] les listes de logement, d’emploi et de crédit sur [la] Plate-forme. »Une décision qui faisait suite à des accords à l’amiable avec des associations américaines qui avaient poursuivi le géant du web.

READ  Coronavirus. Différend de vaccin avec l'UE. "S'il vous plaît arrêtez de nous faire la leçon"

Nous serions ravis de connaître votre avis

Laisser un commentaire

Mercatoshow.com