février 26, 2021

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Le Covid-19, la politique des grands nombres et le contrôle de la conduite

Flammes. A l’heure de la guerre des chiffres et des estimations, qui fait rage depuis le début de l’épidémie, il est important de rappeler que l’histoire de la science a depuis longtemps entamé une réflexion sur la production de cette culture de la quantification et la prédiction qui a saisi la nation -États du 19ème sièclee siècle. Du livre classique La politique des grands nombres. Histoire de la raison statistique, par Alain Desrosières (La Découverte, 1993), toute une école a été déployée pour faire une socio-histoire des catégories et des institutions statistiques qui accompagnent l’essor de l’État républicain, puis de l’État social et de son idéal égalitaire.

La question est importante car elle touche, dans notre démocratie sanitaire, les outils cognitifs de généralisation qui sont censés permettre de dépasser les expériences individuelles pour rendre intelligibles des réalités parfois opaques. Par des comparaisons nationales, Desrosières a montré comment les chiffres façonnent une représentation du monde, ils sont “Ce qui maintient les choses ensemble”. Mais attention, cette histoire était loin d’être linéaire et, pendant l’entre-deux-guerres, l’effacement des statistiques dans la formation des élites économiques et politiques a conduit à une marginalisation et à des réticences dans l’utilisation des chiffres.

Identifier les méthodes de diffusion

Leur retour en grâce, sous l’Occupation, dans le cadre d’une politique de traque, puis à la Libération et pendant les «glorieuses années trente», est associé aux nouveaux besoins d’un État interventionniste qui réaffirme un idéal de l’enquête et de la planification. Les usages publics de la quantification n’ont en effet jamais cessé de s’étendre, des indicateurs scientifiques aux instruments de gouvernement. Cette histoire des sciences sociales s’est déroulée dans de nombreuses directions de recherche, parfois inattendues, comme l’analyse des modèles climatiques, étudiée par Amy Dahan Dalmedico et Michel Armatte, ou celle de la «police prédictive», menée par Bilel Benbouzid, soulignant la généralisation non plus simplement de quantification, mais de simulation et de modélisation.

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Dans le contexte du nouveau coronavirus, ces pratiques présentes chez les épidémiologistes se sont fait jour. Il appartient désormais aux économistes d’avoir souligné les biais et les limites de ces modèles proposés pour identifier les modalités de dissémination de la maladie.

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