le masque, un «pont» vers le vaccin?

, publié le vendredi 25 septembre 2020 à 11h54

Le double, voire le triple effet du masque? En plus de réduire le risque d’attraper le Covid-19, cela réduirait la gravité de la maladie en cas d’infection et augmenterait l’immunité de la population, comme un premier pas vers un vaccin, espèrent les chercheurs.

«Nous pensons que les masques peuvent être une sorte de + pont + vers un vaccin», explique à l’AFP le Pr Monica Gandhi, spécialiste des maladies infectieuses à l’UCSF (Université de Californie à San Francisco).

Elle a exposé sa théorie dans un article noté publié le 8 septembre par la prestigieuse revue médicale américaine New England Journal of Medicine (NEJM).

Cette théorie est basée sur une hypothèse: même si elle attrape Covid-19, une personne masquée est susceptible de développer une forme moins sévère que si elle avait eu le visage découvert car elle absorbe une plus petite quantité de virus (l ‘«inoculum») .

“Nous lançons plusieurs études pour tester cette hypothèse, par exemple en cherchant à savoir si l’obligation du masque dans certaines villes du monde y a réduit la gravité de la maladie”, poursuit le professeur Gandhi.

Si le masque «augmente le taux d’infections asymptomatiques» (sans symptômes, ndlr), son port généralisé «augmenterait donc théoriquement l’immunité» de la population et conduirait ainsi à «un contrôle intermédiaire de l’épidémie en attendant un vaccin», dit le professeur Gandhi.

De quoi “donner aux gens une raison supplémentaire de porter le masque”, a déclaré à l’AFP le professeur George Rutherford, co-auteur de l’article avec elle.

– “Variolisation” –

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Les deux chercheurs établissent un parallèle avec la «variolation», une technique rudimentaire utilisée au XVIIIe siècle avant l’apparition des vaccins: il s’agissait d’exposer une personne en bonne santé à une petite quantité de virus de la variole, dans l’espoir de l’immuniser.

La publication de l’article dans le NEJM a eu un fort écho.

“Bien sûr, c’est encore une théorie, mais il y a de nombreux arguments en sa faveur”, assure à l’AFP le professeur Bruno Hoen, directeur de la recherche médicale à l’Institut Pasteur de Paris.

Selon lui, «il faut porter un regard différent sur l’utilisation du masque», d’abord jugé inutile par les autorités sanitaires, sur fond de pénurie, puis conseillé d’éviter de contaminer les autres.

«C’est une théorie intéressante basée sur une hypothèse raisonnable», ajoute le professeur Archie Clements, épidémiologiste à l’Université Curtin d’Australie.

“Je suis assez sceptique”, a tweeté le Dr Angela Rasmussen, virologue à l’Université de New York à Columbia. “C’est une idée intéressante, mais il y a trop d’inconnues.”

Ses réserves: nous ne sommes pas sûrs qu’une dose de virus plus faible aboutisse à une forme moins sévère de Covid, nous ne savons pas dans quelle mesure le masque réduit cette dose et la durée et le niveau d’immunité sont encore faibles. connu.

“Actuellement, il n’y a pas de données prouvant que le masque atténue la gravité (de la maladie) ou que cela assurerait une protection via + variolation”, a insisté le Pr Rasmussen.

– Hamsters et croisières –

Le problème est que l’hypothèse d’un lien entre la dose de virus et la sévérité de la maladie ne peut être vérifiée qu’en comparant des situations existantes, donc avec un niveau de preuve inférieur à une étude spécifiquement mise en place pour cela. En effet, d’un point de vue éthique, “on ne peut pas exposer délibérément l’homme au virus”, souligne le professeur Gandhi.

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Pour développer sa théorie, cependant, elle s’est appuyée sur plusieurs travaux.

Elle cite entre autres une étude réalisée sur des hamsters par des chercheurs de Hong Kong.

Ils ont simulé le port d’un masque en le plaçant entre des cages contenant d’une part des hamsters infectés et d’autre part des hamsters sains. Verdict: les hamsters étaient moins susceptibles d’attraper Covid s’ils étaient «masqués» et, même s’ils l’attrapaient, leurs symptômes étaient plus légers.

Autre argument, la comparaison de la situation sur différents navires de croisière touchés par la contamination.

Sur l’un d’entre eux, où le masque avait été systématisé, «la proportion de patients asymptomatiques était de 81%», contre «40%» dans d’autres vaisseaux sur lesquels le masque n’était pas généralisé, fait valoir le Pr Gandhi.

Tous ces éléments montrent que cette théorie n’est pas née “par hasard”, selon le professeur Hoen: “Monica Gandhi est la première à avoir fait la synthèse, de manière très élégante, mais la réflexion avait commencé avant elle”.

L’intéressé rappelle que le masque n’est pas une panacée: “Il doit s’accompagner d’éloignements physiques, d’hygiène des mains et d’autres mesures de santé publique. Il ne faut pas baisser la garde et les négliger”.

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