Les nouveaux vaccins-sceptiques de Covid-19

La crise sanitaire de Covid-19 a donné naissance à une nouvelle population de vaccins-sceptiques qui, ajoutés aux anti-vaccins préexistants, représentent à fin 2020 plus de la moitié de la population française. Perdus face aux controverses scientifiques et gouvernementales, ces nouveaux vaccins-sceptiques ne savent plus vers qui se tourner, selon un rapport de la Fondation Jean-Jaurès.

Les vaccins sceptiques, le plus souvent jeunes et majoritairement des femmes

Ce sont des gens de bonne foi, qui considèrent qu’il n’y a pas suffisamment d’informations et de perspectives sur les vaccins contre le Covid-19, et qui attendent d’en savoir plus avant de prendre une décision“, explique à Science et avenir Antoine Bristielle, auteur du rapport et professeur agrégé de sciences sociales et chercheur en sciences politiques. A l’origine de cette peur, les sceptiques vaccinaux invoquent principalement la peur des effets secondaires. “Tout le monde pèse les avantages et les risques de la vaccination», précise le professeur Bristielle. Sans surprise donc, puisqu’ils se considèrent à très faible risque, les jeunes sont plus susceptibles d’être sceptiques à l’égard des vaccins que les personnes âgées. Les femmes sont également plus concernées que les hommes, puisque 50% d’entre elles sont sceptiques, contre 35% des hommes. Pour Antoine Bristielle, cette différence pourrait s’expliquer par la responsabilité de la santé des enfants et du ménage en général, qui pèse plus lourdement sur les femmes que sur les hommes ».ce qui augmente leur niveau de peur“.

En revanche, plus inhabituel, aucun lien n’apparaît entre le scepticisme vaccinal et la catégorie socioprofessionnelle. “La méfiance concerne généralement les classes populaires.“, observer Antoine Bristielle, selon qui ces résultats “montrent que la méfiance à l’égard des vaccins est aujourd’hui très répandue“.

Le cercle vicieux du manque de confiance entre la population et le gouvernement

A l’origine de cette méfiance vis-à-vis des vaccins contre Covid-19 se trouve une perte de confiance dans le gouvernement, qui a débuté dans les années 1990 avec la polémique du vaccin contre l’hépatite B. Ce dernier avait été soupçonné de provoquer l’autisme et la sclérose en plaques, affirmations que les travaux scientifiques ont alors largement nié. Mais le mal était fait. En 2009, un nouveau clou a été planté dans le cercueil de la confiance des dirigeants avec la crise de la grippe H1N1. La commande massive de vaccins a ensuite fait craindre une collusion économique entre le gouvernement et les sociétés pharmaceutiques. “Ces deux phénomènes sont largement responsables de la perte de confiance“qui a creusé le lit du scepticisme vaccinal en 2020, confirme Antoine Bristielle.

Si les gens ne font pas confiance au gouvernement, celui-ci ne peut pas compter uniquement sur des mesures incitatives car elles ne seront pas respectées, d’où la mise en place de mesures coercitives… Ce qui réduit encore la confiance.«De plus, selon les études en cours, ajoute-t-il, le taux de recours aux mesures coercitives selon les pays était une fonction directe non pas de la situation sanitaire locale, mais de la confiance de la population dans ses institutions.! Un véritable cercle vertueux quand tout va bien … Et vicieux quand la confiance se dégrade.

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La nouveauté: la méfiance envers les scientifiques

Jusque-là, cependant, il restait un rempart contre la méfiance envers les institutions, une boussole à laquelle il fallait se fier: le conseil scientifique. En 2020, médecins et chercheurs sont massivement invités par les médias à s’exprimer sur une situation sanitaire sans précédent causée par un virus inconnu. Le débat scientifique, généralement entre pairs, s’étale sur la place publique, dans un brouhaha médiatique accentuant la confusion ambiante.Nous avons commencé la crise avec 90% de confiance dans les scientifiques, contre seulement 70% à la fin de 2020“, déplore Antoine Bristielle. “Avant que les scientifiques ne soient considérés comme une autorité supérieure fiable, nous avons aujourd’hui l’impression que tous les mots sont égaux“. En particulier ceux dont les positions “irréductible“et”péremptoire», comme Didier Raoult, a suggéré qu’ils avaient la seule vérité. S’il est célébré par son public malgré ses multiples contre-vérités, c’est que sa posture contre les institutions est bien perçue par cette frange de la population, sur le principe le plus pur “les ennemis de mes ennemis sont mes amis”.

Responsabilité des médias, notamment de la télévision

Plus que le débordement d’informations et de débats, ce sont plus les discours discordants qui ont secoué la population, souligne Antoine Bristielle. Les «gens rassurants» niant selon les cas la réalité de la seconde vague, l’utilité des masques ou de l’enfermement, ont ainsi été bien perçus par la population dans une atmosphère extrêmement anxiogène. Si les réseaux sociaux ont clairement joué un rôle, ils ne sont pas les seuls, précise Antoine Bristielle. Les médias en général ont leur part, en particulier la télévision. “Ceux qui obtiennent des informations via la télévision adhèrent davantage aux théories du complot que ceux qui préfèrent la radio ou le papier. «Le chercheur en sciences sociales veut faire la différence entre débat et discours contrairement au consensus scientifique qui va certainement créer un buzz, mais aussi nourrir la méfiance de la population.

En l’absence de confiance, misez sur la transparence

Il sera impossible de restaurer la confiance à temps pour la campagne de vaccination contre Covid-19, observe Antoine Bristielle, qui recommande de miser sur la transparence. Pour encourager la vaccination, il faut “que chacun puisse avoir accès aux tenants et aboutissants de l’aspect financier” notamment, mais pas seulement. Sur le plan sanitaire, il faut impliquer les médecins traitants, chez qui les Français accordent une forte “confiance locale”, où dans d’autres pays ce sont les institutions qui rallient la population.

Le gouvernement a clairement pris en compte ces recommandations en vue de la stratégie vaccinale annoncée le 3 décembre 2020 par le Premier ministre Jean Castex et le ministre de la Santé Olivier Véran. Ce plan reposera en effet explicitement sur les médecins généralistes, et sur la transparence invoquée à maintes reprises au cours de leurs discours respectifs.

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