octobre 29, 2020

Mercatoshow.com

Monde des nouvelles complet

Mais où la France trouvera-t-elle les milliards d’euros pour lutter contre la crise?

Emmanuel Macron contemplant le sillon de la dette publique (allégorie). – Lemouton-Pool / SIPA

  • La France financera l’essentiel de ses nouvelles dépenses liées à la crise des coronavirus par l’endettement.
  • A court terme, cette politique ne présente aucun risque financier.
  • Mais cela pourrait entraver la marge de manœuvre de l’État en cas de nouvelle crise.

Que cela semble il y a longtemps quand Emmanuel Macron a promis de mettre fin au déficit public historique de la France et présenter un budget équilibré en 2022. Déjà
fortement endommagé avec l’épisode des «gilets jaunes», la promesse présidentielle a définitivement été pulvérisée par la crise des coronavirus.

Entrer ici couverture chômage partielle, aide aux secteurs sinistrés (tourisme, culture, hôtellerie, etc.), achats de masques et tests, l’Etat a dû sortir le chéquier et aligner les zéros. En plus de ces dépenses d’urgence, l’exécutif a également puisé en début d’année scolaire
un plan de relance de 100 milliards d’euros pour soutenir l’économie sur le long terme. Fin septembre, le gouvernement a finalement présenté le projet de loi: le déficit public devrait atteindre 10% cette année, puis 6,7% en 2021. Et pourtant, il faudra ajouter un milliard d’euros de nouvelles dépenses
couvre-feu qui entre en vigueur ce week-end.

Allégement de la dette au gouvernement

Pour financer sa politique, l’État a traditionnellement trois solutions à sa disposition: augmenter les impôts, réduire les dépenses ou contracter des emprunts qui se traduisent par la création de dette publique. Option n ° 1 a été licencié plusieurs fois par Emmanuel Macron: pas question, par exemple, de restaurer l’ISF, même si l’efficacité économique de sa suppression
est largement discuté. L’option 2 a également été écartée de facto, l’Etat ayant annoncé le renforcement de plusieurs administrations (police, justice) tout en renonçant à l’élimination de 120 000 fonctionnaires d’ici 2022.

Reste donc le dernier scénario, celui de l’augmentation de l’endettement. L’Etat sera donc financé par l’emprunt, et la dette publique devrait atteindre 117,5% du PIB cette année (contre 98% fin 2019), avant de baisser très légèrement à 116% en 2021. Pour le gouvernement, c’est un moindre mal. “La pire option pour nos finances publiques aurait été de ne pas faire de plan de relance”, a assuré Jean Castex début septembre. Pour le Premier ministre, le plan de 100 milliards d’euros doit permettre une “réactivation de l’activité [économique] «, Par conséquent, le retour de la croissance. Et qui dit croissance, dit des recettes supplémentaires pour l’Etat (via les impôts, la TVA…), un PIB en augmentation, et donc mécaniquement, une baisse du taux d’endettement public… si le PIB augmente plus vite que la dette.

C’est un point clé de la politique gouvernementale: relancer suffisamment fortement l’activité économique pour «effacer» au plus vite les pertes liées au coronavirus. Le gouvernement espère qu’en 2022, le PIB reviendra à son niveau d’avant la crise, et que la croissance reviendra également à un taux d’avant Covid à partir de 2024, autour de 1,4% par an. «Ce scénario est assez optimiste, juge François Ecalle, ancien magistrat de la Cour des comptes et spécialiste des finances publiques. Quand on regarde les crises du passé (1973, 2008), on voit qu’elles ont toutes eu un impact sur le niveau de production et que le taux de croissance ne s’est jamais redressé rapidement. De plus, même avec une croissance de 1,4%, l’État devra consentir des efforts considérables sur les dépenses publiques pour stabiliser la dette ».

Aucun risque … pour le moment

Cela signifie-t-il qu’il y a un risque avec une dette de plus de 115% ou 120%? «Pas forcément», poursuit François Ecalle. Le niveau auquel la dette publique doit se stabiliser est sujet à débat. Le danger, lorsque la dette augmente trop et pendant trop longtemps, est qu’un État puisse avoir des difficultés à se financer: les créanciers demanderont d’abord des taux d’intérêt très élevés, puis pourront refuser de prêter ». Une crise de confiance que la Grèce a notamment souffert il y a quelques années.

Doit-on alors s’inquiéter pour la France? «Aujourd’hui, le risque est faible, tranche François Ecalle. La France emprunte à des taux nuls voire négatifs. Donc, paradoxalement, il réduit partiellement le fardeau de sa dette. Mais cela ne durera pas forcément… ». Pour Philippe Waechter, chef économiste chez Ostrum Asset Management, c’est surtout la comparaison avec l’Allemagne qui peut faire mal: «Les dernières projections du FMI montrent que l’écart de dette publique entre les deux pays est susceptible de se creuser fortement dans les années à venir». Cependant, l’Allemagne est considérée comme une «référence» par les investisseurs, en particulier ceux qui achètent de la dette en euros.

Une dette trop élevée – par rapport à celle de nos voisins – pourrait conduire à une augmentation des taux d’intérêt, ce qui augmenterait les montants à rembourser. “Le vrai risque, conclut Philippe Waechter, est de ne plus avoir de marge de manœuvre budgétaire en cas de nouvelle urgence, comme l’urgence climatique”. Créer des marges de manœuvre, hors dette, suppose donc de rouvrir le débat sur les hausses d’impôts – ou la réduction des dépenses publiques. Un sujet politique hautement inflammable comme Emmanuel Macron a pu le vivre.



164

actions

READ  Entre LVMH et Tiffany, c'est déjà fini