novembre 1, 2020

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Merkel à Brégançon: “Le lien avec Macron est devenu très fort”, explique Clément Beaune

Une réunion avec le parfum de la lune de miel. Mais dans un contexte de multiples crises internationales. Biélorussie, Mali, tensions en Méditerranée entre la Grèce et la Turquie (point sur lequel Paris et Berlin apparaissent moins en phase)… Les dossiers chauds ne manquent pas, alors qu’Angela Merkel est attendue jeudi au Fort de Brégançon (Var). L’occasion pour le couple franco-allemand de montrer à nouveau sa bonne compréhension. Lui qui, fin juillet, a arraché un accord européen sur le plan de relance post-coronavirus malgré l’hostilité de certains pays. Cela vaut bien une autre carte postale, avec le Big Blue à l’horizon. Car entre eux, l’accord n’a pas toujours été aussi parfait. Clément Beaune, nouveau secrétaire d’Etat aux Affaires européennes, était déjà M. Europe de Macron avant son accession à l’Elysée. Il revient pour Le Parisien sur cette relation qui a connu des hauts et des bas.

Pourquoi recevoir Angela Merkel à Brégançon?

CLÉMENT BEAUNE. Il y a un message évidemment symbolique sur la relation franco-allemande et sur la nécessité d’un réel alignement entre les deux pays. C’est le fruit d’un travail de fond, dans lequel Emmanuel Macron s’est investi avant même d’être président, en rencontrant, lorsqu’il était à Bercy ou candidat, des syndicalistes, des ministres, des présidents de Länder, des chefs de parti.

Et pourtant, pendant les trois premières années du quinquennat, ses efforts n’ont pas semblé porter fruit …

Des progrès significatifs ont déjà été accomplis avant le plan de relance, y compris sur des sujets sensibles, notamment la coopération européenne en matière de défense ou les travailleurs détachés. Il y a eu des hauts et des bas. Le président a parfois exprimé son impatience, y compris devant la chancelière. A Aix-la-Chapelle en mai 2018, par exemple, en encourageant l’Allemagne à changer sa vision de la France, à prendre ses responsabilités et à accélérer. Il a toujours combiné interpellation et coopération.

L’Europe est-elle avant tout un duo franco-allemand?

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C’est une base. Sans les fondations, vous ne construisez pas la maison. On ne construit jamais sans l’Allemagne, c’est la base. Il n’y a jamais de grande avancée sans cela. Mais cela ne suffit pas, a fortiori dans une Europe des 27. Il ne faut pas avoir qu’un seul interlocuteur. Il faut être influent au Parlement européen, à la Commission, au contact des pays de l’Est, de la Méditerranée, avec les “frugaux” …

Certains couples franco-allemands sont restés célèbres. Quelle en est la caractéristique?

La relation franco-allemande est un miracle historique qui n’avait aucune raison d’exister. Nous nous sommes battus trois fois en 100 ans. Avec Angela Merkel et Emmanuel Macron, il y a un peu de ça. L’un arrive au pouvoir pour la première fois avec un nouveau mouvement, l’autre en est à son quatrième mandat, mais ça marche. Aujourd’hui, l’obligation Macron-Merkel est devenue très forte. Lorsque le président et le chancelier se rencontrent, ils ont des entretiens de trois, quatre, cinq heures, face à face, et ils balaient tous les sujets.

Considérez-vous qu’Angela Merkel, avec le plan de relance européen, s’est ralliée aux positions françaises?

Oui, l’Allemagne a évolué vers nos positions. Mais nous ne sommes pas passés de l’ombre à la lumière. Depuis deux ans, ils en parlent à chacune de leurs réunions. La France, au début de la crise du Covid-19, a supposé un désaccord avec l’Allemagne sur la solidarité budgétaire. Nous avons dû traverser ce moment de vérité et de tension.

Angela Merkel a également eu une main plus libre en Allemagne…

Oui, la chancelière a profité de son capital politique pour faire un geste européen. Je pense qu’elle a également apprécié qu’Emmanuel Macron soit là, à une époque où elle avait moins de marge de manœuvre. Comme à l’été 2018, par exemple, lorsqu’il y avait une forte tension sur la migration au sein de sa coalition. Nous nous sommes rencontrés un dimanche à Bruxelles, lors d’un sommet extraordinaire sur l’immigration, afin de trouver une solution pour soutenir la chancelière. Dans la relation personnelle entre deux dirigeants européens, c’est important.

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Au niveau européen, ça en dépend complètement?

Je rejette cette vision. Mais bien sûr, la France ne peut pas avancer seule. Et l’Allemagne a également besoin de la France. L’Europe est un sport collectif.

Les Français s’apprêtent à connaître un retour difficile. Comment le plan de relance européen peut-il changer leur vie quotidienne?

Concrètement, cela signifie que les réalisations du plan national de relance seront cofinancées par l’Europe. Parfois, il s’agit de votre voie ferrée ou de votre train de nuit, de la rénovation énergétique de votre logement ou de la batterie électrique de votre voiture. Il va falloir expliquer, montrer. Y compris très concrètement, avec un drapeau européen, par exemple.

La France souhaite conditionner les fonds européens au respect de l’État de droit, notamment en Pologne et en Hongrie. Comment et quand cela peut-il être efficace?

Un texte est en discussion au Conseil et au Parlement européen, qui permet en cas de violation grave de l’état de droit, de suspendre ou de couper les fonds. J’espère qu’il réussira l’année prochaine. Ce sera un combat politique difficile mais essentiel.

Qu’en est-il des GAFA et des taxes carbone?

La Commission doit proposer un texte d’ici la fin de l’année et que nous ayons un accord législatif de la présidence française de l’UE en janvier 2022. C’est la même logique: nous sommes endettés ensemble, nous finançons notre reprise ensemble. Nous avons besoin de ressources communes. Et que nous pouvons faire payer des impôts aux passagers clandestins de la mondialisation, aux géants du numérique ou à ceux qui ne sont pas à la hauteur de nos exigences environnementales.

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Face à la Turquie, le président est un ton au-dessus du chancelier. Comment peuvent-ils converger vers ce fichier?

Cela fera partie de leurs discussions, mais je ne pense pas qu’il y ait une différence de fond. Bien qu’il puisse y avoir des nuances de style ou d’expression, il existe une coordination des rôles.

Que peut faire l’UE face à la situation en Biélorussie?

Des sanctions individuelles, visant à frapper personnellement les responsables, peuvent être efficaces. C’est ce que vient de décider le Conseil européen. Ce qui est très important, c’est de cibler et de ne pas nuire au peuple biélorusse lui-même.

L’Europe peut-elle peser contre la Russie de Poutine? Alexandre Loukachenko revendique son soutien.

Il faut faire attention, il y a beaucoup d’intoxication dans ces périodes. Il est donc très important que les grands dirigeants européens, comme le président de la République, interviennent directement auprès du président Poutine pour dire: Nous voulons travailler avec la Russie, ne faisons pas le mauvais choix. L’Europe ne doit pas être lente, ni faible. C’est parfois un mal européen … Cependant, il faut défendre la souveraineté européenne et répondre à ceux, parfois à la Turquie ou à la Russie, qui testent l’unité, la fermeté et la capacité de réaction de l’Union européenne.

Attaque meurtrière au Niger, coup d’État au Mali … Les Européens doivent-ils s’impliquer davantage avec la France au Sahel?

Bien entendu, l’Europe doit faire plus. C’est encore insuffisant, mais regardez l’aggiornamento de l’Allemagne sur ses interventions extérieures. Ou le renforcement des petits pays qui ont envoyé des forces de combat ou du matériel. C’est parfois trop lent, nous en sommes conscients. Mais de nombreux pays européens ont maintenant compris que notre sécurité, au sens large, se joue aussi là-bas et qu’il ne s’agit pas seulement d’une responsabilité française.