“Moi, Peter Cherif”, ancien membre d’Al-Qaida

Peter Cherif, lors de son extradition vers la France, à l'aéroport de Djibouti, en décembre 2018.

Il est soupçonné d’être le maillon clé, voire l’un des sponsors de l’attaque contre Charlie Hebdo, le 7 janvier 2015, à Paris. C’est par visioconférence, depuis la prison où il est incarcéré, que Peter Cherif, 38 ans, devrait être entendu, jeudi 24 septembre, par la cour d’assises spéciale de Paris. Cet ancien cadre d’Al-Qaida dans la péninsule arabique (AQPA) ne sera entendu qu’en tant que témoin, son cas ayant été décousu. Mais son témoignage pourrait s’avérer décisif dans une affaire aussi alourdie par la souffrance des victimes que minée par des zones d’ombre.

“Je suis français et je veux éviter que mes petits frères musulmans ne tombent dans les mêmes pièges que moi (…), au fur et à mesure de mon histoire, vous comprendrez. “ C’est dans ces termes que l’ex-AQPA a commencé, de manière inattendue, le 23 décembre 2018, sa garde à vue à la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), à la suite de son arrestation à Djibouti, soit quelques semaines après la fin de l’enquête. Ces audiences, que Le monde – comme Libération – a pu se consulter, ont été inclus dans la procédure au début du procès pour les attentats de janvier 2015, le 2 septembre. Et le vétéran du djihad semble étonnamment enclin à se repentir, comme fatigué par ses sept années de fuite au Yémen.

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Rien ne dit que Peter Cherif sera si coopératif jeudi. Ces quatre jours d’interrogatoire pourraient néanmoins constituer un petit morceau d’histoire dans les archives antiterroristes. Bien que biaisés et elliptiques, ils montrent rarement le jeu de défense d’un ancien dirigeant d’Al-Qaida. Des aveux dont l’ex-jihadiste lui-même a insisté pour en souligner la valeur en commençant par une formule solennelle: «Moi, Peter Cherif, (…) J’ai été obligé de quitter la France pour éviter une condamnation [cinq ans de prison] ce qui n’était pas, à mon avis, raisonnable. “

Il faut dire que la course de Peter Cherif remonte à une époque presque oubliée: celle d’avant la vague d’attentats de 2015. À l’époque, la justice était beaucoup moins sévère envers les candidats au djihad. Ce père orphelin se voyait comme un ex-petit délinquant sauvé du péché par l’Islam, soucieux de la défense des opprimés. Sa première lutte armée aura lieu en Irak, à partir de 2004. Aussi, quand tous ses camarades d’enfance dans le secteur parisien des Buttes-Chaumont seront condamnés en son absence et qu’il finira, en 2011, par être extradé vers la France pour être jugé à son tour, il préférerait profiter de son contrôle judiciaire pour fuir.

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