janvier 24, 2021

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Négociations explosives entre Paris et Bruxelles sur l’avenir d’EDF

Les négociations entre la France et la Commission européenne sur l’avenir d’EDF peinent à aboutir. – Louise MERESSE / SIPA

Complexes et politiquement explosives, les négociations entre la France et la Commission européenne sur l’avenir deEDF ont du mal à réussir, alors que le temps presse.

Le PDG d’EDF, Jean-Bernard Lévy, a été chargé en 2018 par les pouvoirs publics de proposer un plan de réorganisation de l’entreprise détenue à près de 84% par l’État. Ces propositions devaient être présentées fin 2019, mais le délai a été prolongé car elles sont conditionnées à l’avancement des discussions entre la France et Bruxelles, notamment sur le nucléaire.

Le résultat “est incertain”

«Nous sommes en train de terminer les négociations», a assuré le ministre de la Transition écologique en novembre. Barbara Pompili. L’objectif est de “réaliser le plus rapidement possible”. Le temps presse, car cette éventuelle réforme devrait passer par une loi l’année prochaine, même si les syndicats redoutent aujourd’hui le recours aux ordonnances.

«Le gouvernement et le Commission européenne continuer à échanger pour trouver un accord. Les discussions peuvent se poursuivre après le 31 décembre », précise l’entourage du ministre. Mais “s’il n’est pas mûr, on ne le fait pas”, clame une autre source gouvernementale, prudente.

Du côté de la Commission, nous nous contentons de confirmer «les contacts en cours avec les autorités françaises sur la réforme de l’accès réglementé à l’énergie nucléaire».

Les négociations “se sont intensifiées ces derniers mois” mais “nous ne sommes pas au bout”, souligne également la direction d’EDF dans un argument diffusé en interne. L’issue «est incertaine» car «les paramètres sont nombreux et instables», insiste le producteur d’électricité.

Mise à niveau de la production nucléaire française

Ce projet pourrait aboutir à une scission d’EDF en trois entités: une entreprise publique (EDF bleu) pour centre nucléaire, un autre (EDF vert) coté en bourse pour la distribution d’électricité et d’énergies renouvelables et un troisième (EDF azur) qui couvrirait les barrages hydroélectriques.

Cette réorganisation aurait plusieurs objectifs. Premièrement, réévaluer la production nucléaire française tout en répondant aux exigences de Bruxelles sur la concurrence – un point sur lequel il n’y a toujours pas d’accord. Aujourd’hui, EDF est contraint de vendre une partie de cette électricité à ses concurrents à un prix que le producteur juge beaucoup trop bas.

Les pouvoirs publics souhaiteraient également que le FED «vert» finance le développement de énergies renouvelables en levant des fonds sur les marchés, malgré l’endettement élevé du géant de l’électricité.

Enfin, l’ancien dossier des barrages hydroélectriques a été joint aux négociations afin de trouver une solution à un ancien différend avec la Commission, qui avait mis la France en demeure il y a des années d’ouvrir à la concurrence ses concessions périmées.

Les craintes des syndicats et de l’opposition

Officiellement côté gouvernement, cette réorganisation doit se faire au sein d’un groupe intégré avec une stratégie unique et des salariés sous le même statut. Mais les syndicats et une bonne partie de l’opposition – à gauche et à droite – le voient
un risque de démantèlement.

Les députés socialistes et les sénateurs du PS et de l’environnement ont indiqué vouloir déposer une proposition de référendum d’initiative partagée (RIP) contre le projet. Les syndicats EDF, très optimistes, ont également organisé plusieurs jours de grève bien suivi dans l’entreprise.

Le Premier ministre Jean Castex a assuré qu’il ne voulait pas «démanteler cette grande entreprise nationale», sans se rassurer.

“Beaucoup de tension à ce sujet”

La réorganisation placerait «EDF dans une situation très fragile», craint Virginie Neumayer, de la CGT EDF. ” Le parc nucléaire Le courant serait condamné à court terme dans le cadre du projet Hercule puisqu’il serait isolé des autres entités d’EDF », estime-t-il, tout en soulignant les interactions essentielles entre les différents métiers de l’entreprise. “Avoir des stratégies différentes pénalise l’activité globale lorsqu’elle n’est pas rendue cohérente”, ajoute le responsable syndical.

Ces préoccupations sont entendues même par la majorité parlementaire. «Je suis très très vigilant» car «je sens qu’il y a beaucoup de tension sur ce sujet», reconnaît le député (LREM) Jean-Marc Zulesi. “A partir du moment où il y a beaucoup de soucis sur le sujet, il faut qu’il y ait de la transparence et qu’une représentation nationale, quelles que soient les parties, soit associée aux discussions”, plaide-t-il.

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