octobre 28, 2020

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où sont les expériences vaccinales?

C’est une compétition planétaire, où les enjeux financiers sont énormes. De nombreux essais ont été lancés, avec plus ou moins de succès. Après des mois de recherche, où sont les expériences vaccinales Covid-19?

  • Combien de vaccins sont testés?

Dans son dernier point daté du 2 octobre, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) recense 42 «candidats vaccins» évalués en essais cliniques sur l’homme dans le monde (contre 11 à la mi-juin). Dix sont au stade le plus avancé, la phase 3, où l’efficacité du vaccin est mesurée à grande échelle, sur des dizaines de milliers de volontaires répartis sur plusieurs continents.

Parmi eux, celui de la société américaine Moderna, l’alliance germano-américaine BioNTech / Pfizer, plusieurs laboratoires chinois, un projet européen dirigé par l’Université d’Oxford (en coopération avec la société AstraZeneca) ou le vaccin Spoutnik V, développé par la Russie et son institut de recherche Gamaleïa.

Les autres sont encore en phase 1 (qui vise principalement à évaluer la sécurité du produit) ou en phase 2 (où la question de l’efficacité est déjà à l’étude). Outre les essais déjà lancés, l’OMS compte 151 projets de candidats vaccins en phase de développement préclinique.

  • Quelles techniques ont été utilisées?

Il existe différentes approches, basées soit sur des catégories de vaccins éprouvées, soit sur des techniques plus innovantes. Certaines équipes travaillent sur des types classiques de vaccins utilisant un virus ” tuer “ : ce sont les vaccins “Inactivé” (comme ceux des Chinois Sinovac et Sinopharm).

Il existe également des soi-disant vaccins “Sous-unité”, à base de protéines (antigènes) qui déclenchent une réponse immunitaire, sans virus.

Autres vaccins, appelés “Vecteur viral”, sont plus innovants: nous utilisons comme support un autre virus que nous transformons et adaptons pour lutter contre Covid-19. C’est la technique choisie par l’Université d’Oxford et les Russes, qui utilisent des adénovirus (une famille de virus très courants).

Enfin, d’autres projets innovants sont basés sur les vaccins “ADN” ou “Vers l’ARN”, des produits expérimentaux utilisant des morceaux de matériel génétique modifié. C’est le cas de ceux de Moderna et BioNTech / Pfizer.

“Plus nous avons de candidats avec des techniques différentes, plus nous avons de chances de nous retrouver avec un vaccin efficace et bien toléré”, explique Daniel Floret, vice-président du comité technique des vaccinations de la Haute Autorité de Santé (HAS).

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  • Quels résultats ont été obtenus jusqu’à présent?

Pour le moment, seuls les résultats préliminaires (phases 1 et / ou 2) ont été publiés dans des revues scientifiques. Le plus récent, publié le 4 septembre dans la revue The Lancet, sont celles du vaccin russe. D’autres étaient sortis cet été, concernant les vaccins de l’Université d’Oxford, chinois CanSino ou Moderna.

Dans l’ensemble, ces résultats sont jugés encourageants et montrent que les vaccins en question suscitent une bonne réponse immunitaire. Cependant, il est bien trop tôt pour tirer des conclusions.

À réparer, “Les essais de phase 3 doivent prendre fin et que l’analyse ne soit pas basée sur des résultats intermédiaires, tant sur des questions de tolérance que d’efficacité”, juge l’immunologiste Alain Fischer. Ceci est d’autant plus vrai que de nombreuses inconnues planent sur les mécanismes d’immunité contre Covid-19, avec quelques cas de réinfection commençant à être signalés.

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  • Les procédures habituelles ont-elles été accélérées?

Partout dans le monde, les procédures ont été accélérées de manière sans précédent. Et une bataille lointaine oppose la Chine, les États-Unis et la Russie. Début août, Vladimir Poutine avait claironné que son pays avait mis au point le premier vaccin contre Covid-19, avant même la publication des résultats préliminaires et l’entrée en phase 3. Donald Trump, il espère qu’un vaccin sera autorisé avant l’élection présidentielle du 3 novembre.

Mais début octobre, la US Medicines Agency (FDA) a fixé des critères de durée d’essai qui rendent une conclusion matériellement improbable dans les semaines à venir. Cela a agréablement surpris la plupart des critiques des experts, qui pensaient que la FDA abandonnerait.

D’un point de vue économique, des levées de fonds internationales ont été lancées par des États et de grandes fondations. Cela permet aux entreprises de mettre en place le processus industriel de fabrication de leur vaccin en même temps qu’elles travaillent à son développement, généralement en deux étapes distinctes.

“Ce qui est différent avec les vaccins contre Covid-19, c’est que les délais de développement et d’approbation potentielle sont beaucoup plus rapides en raison de l’urgence de santé publique”, développe l’Agence européenne des médicaments (EMA) sur son site Internet.

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  • Quelle sécurité pour ces expériences?

“Les exigences de sécurité pour les vaccins Covid-19 sont les mêmes que pour les autres et ne seront pas abaissées en raison de la pandémie”, assure l’EMA. Parce qu’aller trop vite dans les essais cliniques “Peut-être un problème” en matière de sécurité, rappelle Daniel Floret.

“Tout le monde veut qu’un vaccin soit disponible dans de bonnes conditions le plus rapidement possible, mais il ne faut pas confondre rapidité et précipitation: il faut se donner le temps d’une analyse complète, rigoureuse et transparente”, insiste le Pr Fischer.

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Deux essais de phase 3 ont été suspendus ces dernières semaines pour des raisons de sécurité:

– début septembre, celui d’Oxford / AstraZeneca a été interrompu en raison d’une maladie inexpliquée chez un participant. Il a repris après quelques jours au Royaume-Uni et dans d’autres pays, mais pas aux États-Unis.

– Lundi, le groupe pharmaceutique Johnson & Johnson a à son tour annoncé la suspension de son essai, à nouveau “En raison d’une maladie inexpliquée”.

Dans les deux cas, l’essai a été suspendu pour voir si ces maladies étaient liées au vaccin ou à autre chose. C’est pourquoi ces interruptions ne doivent pas être considérées comme une mauvaise nouvelle, mais au contraire comme un point rassurant, selon les experts.

“Cela montre que le processus de surveillance de la sécurité des participants fonctionne bien, ce qui est un motif de confiance.”, juge le Pr Stephen Evans (London School of Hygiene & Tropical Medicine), cité par l’organisation britannique Science Media Center (SMC).

Pour concilier rapidité et sécurité, l’EMA a mis en place une procédure accélérée: elle lui permet d’examiner les données de sécurité et d’efficacité des vaccins au fur et à mesure de leur publication, avant même qu’une demande formelle d’autorisation ne soit déposée par le fabricant. Deux projets de vaccins sont soumis à cette «Examen continu» depuis début octobre, ceux d’Oxford / AstraZeneca et de BioNTech / Pfizer. Moderna espère devenir le troisième bientôt.

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“Nous ne savons pas si les vaccins contre Covid-19 seront approuvés et combien de temps cela prendra, car il est difficile de prévoir un calendrier”, avancez prudemment l’EMA. Mais certaines sociétés pharmaceutiques, qui ont un intérêt économique à le dire, jurent que c’est possible avant la fin de 2020.

“Je pense que là, oui, on va un peu trop vite”, a commenté lundi sur la chaîne LCI l’épidémiologiste Arnaud Fontanet, membre du conseil scientifique qui guide le gouvernement français. «Il y a les approbations réglementaires, la production, tout ce qui doit suivre. Donc, deuxième moitié de 2021, pour moi, au mieux », il a dit.

Début septembre, l’OMS expliquait qu’elle ne s’attendait pas à une vaccination générale contre Covid-19 avant la mi-2021. “Si nous y parvenons avant cette date limite, ce sera déjà une merveille sacrée”, alors que cela prend généralement plusieurs années, ajoute Daniel Floret. Et dans le pire des cas, vous ne pourrez peut-être jamais mettre au point un vaccin.

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  • La méfiance à l’égard des vaccins, un enjeu majeur

Même si la recherche aboutit à un terme plus ou moins long, il restera une dernière question, de taille: les gens accepteront-ils de se faire vacciner, dans un contexte de méfiance croissante?

Selon une étude publiée mercredi dans le journal britannique Science ouverte de la Royal Society, une partie non négligeable de la population de certains pays croit aux théories du complot sur Covid-19, qui augmentent la méfiance à l’égard de la vaccination. Par exemple, la fausse affirmation selon laquelle la pandémie “Fait partie d’un plan pour imposer la vaccination mondiale” est considérée comme fiable par 22% des Mexicains interrogés pour cette étude.

«Les gouvernements et les entreprises de technologie devraient chercher des moyens d’améliorer l’éducation aux médias numériques au sein de la population. Sinon, développer un vaccin pourrait ne pas suffire »a commenté l’un des auteurs de l’étude, Sander van der Linden, chercheur en psychologie sociale à l’Université de Cambridge, en Angleterre.

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Le monde avec l’AFP