Pierre Moscovici: “Depuis le Covid, la dette publique a augmenté de 6 500 euros par Français”

Pendant le lock-out, la dette française a littéralement explosé. Et ce n’est pas fini. L’an prochain, le gouvernement prévoit de lever 282 milliards d’euros nets de dette. En poste depuis trois mois, le premier président de la Cour des comptes ne remet pas en cause les dépenses massives liées à la crise. Mais il prévient: pour soutenir la dette publique, il faudra reprendre le contrôle des dépenses au plus vite.

Dans quelle mesure la dette publique a-t-elle augmenté depuis le début de la crise?

PIERRE MOSCOVICI. Il s’élevait à environ 2 400 milliards d’euros avant l’épidémie, soit près de 100% du PIB. Entre le coût de la crise sanitaire et les effets de la crise économique, il a augmenté d’environ 6 500 euros par Français… Cela montre l’ampleur du problème. Ne le sous-estimez pas.

Chômage partiel, prêts garantis par l’État, etc. L’économie est au goutte à goutte. Que pense le premier président de la Cour des comptes?

Le choc a été énorme. Le gouvernement a mis en place des plans sans précédent. La Cour des comptes et le Conseil supérieur des finances publiques, que je préside, ne remettent pas en cause ces choix. Dans des périodes exceptionnelles, des réponses exceptionnelles. Il est nécessaire de sauvegarder l’économie et la cohésion sociale. Mais cela rend la mission de la Cour d’autant plus nécessaire: dépenser beaucoup, c’est bien dépenser.

Justement, la gauche et les syndicats demandent des compensations avant d’accorder des aides aux entreprises …

Il appartient au débat politique. La Cour n’intervient pas. Nous jugeons les grands équilibres. La tâche de ceux qui gouvernent est de réfléchir à moyen terme aux moyens de réduire cette dette, qui est un facteur de vulnérabilité pour notre économie et qui risque de peser sur les générations futures, en particulier sur les jeunes déjà durement touchés. Nous avons demandé qu’une nouvelle loi de programmation des finances publiques, donnant une trajectoire sur plusieurs années, soit présentée au printemps 2021.

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Qui paiera finalement la note?

Certains peuvent rêver d’une annulation de la dette publique. Cela entraînerait des pertes considérables pour les épargnants. Et donc je ne pense pas que cela se produira. D’autres peuvent espérer une monétisation de la dette. Même si la Banque centrale européenne (BCE) fait des efforts considérables, il faut être conscient des limites de son mandat et de ses ressources. Enfin, certains parient sur la mutualisation de cette dette avec le plan européen. Elle représente une avancée fondamentale, mais elle reste limitée. De toute évidence, nous trouverons toujours la dette devant nous. C’est incontournable. Les Français, qui ont du bon sens, le savent. Une dette peut être réduite, différée, gérée, mais en fin de compte, elle doit être remboursée. Au cours des dix prochaines années, nous aurons sans aucun doute une dette supérieure à ce que nous avions connu avant l’épidémie de Covid. Nous vivons avec le virus, nous devrons vivre avec la dette.

Les comptes publics auraient-ils dû être redressés plus rapidement au début du mandat de cinq ans pour mieux résister aujourd’hui?

La dette a augmenté autant en quelques mois qu’au cours des dix années précédentes. Evitons la mesquinerie du règlement politique des comptes et faisons le point sur la situation. Ce qui compte, c’est notre volonté collective: garder notre crédit, relancer la croissance, maîtriser nos finances publiques à moyen terme. Si nous ne le faisons pas, la dette peut exploser à 140% du PIB.

Selon Pierre Moscovici, “nous vivons avec le virus, nous devrons vivre avec la dette” pendant les dix prochaines années. LP / Olivier Corsan

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Nous savons maintenant ce que coûte l’endiguement pour l’économie et pour la société, nous venons de le vivre. On peut conclure que l’effort des pouvoirs publics pour maîtriser l’épidémie est, à ce stade en tout état de cause, le choix raisonnable d’un point de vue sanitaire, économique et financier.

La Hongrie et la Pologne ont fixé leurs conditions avant de ratifier le plan de relance européen. En cas de blocage, craignez-vous une hausse des taux d’intérêt?

Je refuse d’imaginer l’échec. La reconnaissance par l’Union européenne de la solidarité et d’une réponse collective et massive est une réalisation absolument essentielle. C’est un plan d’intérêt général. Il n’y a pas d’alternative.

Peut-on imaginer un scénario à la grecque pour la France, si sa dette explose, avec des attaques spéculatives?

Dans la situation actuelle, la dette est finançable car la signature de la France est de bonne qualité. La France a de nombreux atouts. Et les taux d’intérêt sont exceptionnellement bas. Mais les taux finiront par augmenter à nouveau. Ensuite, il y a le défi du chômage. Même si nous revenons au niveau du PIB avant la crise de la mi-2022, nous n’aurons pas le même niveau d’emplois. C’est pourquoi nous devons créer l’économie du futur et mener des réformes structurelles.

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